lundi 6 juin 2022

JOUR ANNIVERSAIRE DU DEBARQUEMENT EN NORMANDIE

 

Je rêve d’écrire un roman historique, de l’imaginaire où l’avenir n’est pas celui que l’on vit. Vous savez, c’est lorsqu’il faut répondre à cette fameuse question : ET SI ? Et si Vercingétorix avait gagné la bataille d'Alésia ? Et si Henri IV n’avait pas été assassiné ?  Et si Napoléon n’avait pas envahi la Russie ? 

Ça tombe bien, aujourd’hui est le 6 juin, jour du débarquement en Normandie, jour de gloire pour les alliés et pour la France résistante.

Alors je rêve toujours d’écrire ce roman historique au cœur de la Deuxième Guerre mondiale. Et si le débarquement en Normandie avait échoué ? Quel aurait été notre destin ? La France se serait-elle noyée ?

Bon ! Je change de sujet, tâchons d’être optimiste, je vais parler de la sortie de mon roman présent : LE SANG DE L’HERMITAGE. Quoique ! Question optimisme, on reste dans le roman sombre. Qu’importe, il y a de beaux moments de rêves, d’amour, et de complicités dans cette saga familiale de 510 pages.

LE SANG DE L’HERMITAGE est d’ores et déjà disponible en ebook sur internet, dans une centaine de librairies en ligne. Mais surtout, je connais la période précise de la sortie du livre broché. Le manuscrit est parti chez l’imprimeur par l’intermédiaire de Librinova. La publication aura lieu entre le 1er et le 14 juillet prochain. Quelques jours plus tard chez Amazon.

 Une surprise : sur une courte période après parution officielle, Librinova proposera une promotion de mon livre. Vous pourrez passer une précommande dès que je connaitrai la date officielle de sortie.

jeudi 19 mai 2022

 


Bonjour à tous.

Voilà plus de deux mois que je vous ai abandonné. En fait je n’ai pas abandonné grand monde puisque encore  peu de lecteurs me suivent régulièrement… mais ça vient… je sens que ça vient.

J’ai donc perdu le fil de mon blog et de ma page Facebook suite à la vente de mon auberge, les soucis correspondants, les déménagements. Mais ouf ! Tout ceci est maintenant derrière moi. À part quelques petits travaux dans le nouvel appartement, je vais pouvoir maintenant me consacrer pleinement à mes passions : l’écriture, la lecture, la randonnée, et un peu de jardinage.

Je reprends la plume  (ou plutôt le clavier) aujourd'hui en cette semaine de la fête de la nature, cette nature encore belle et dont je me plais à décrire les paysages, suivant les scènes, dans mes différents livres.

Je ne suis pas resté inactif sur l’écriture durant les deux précédents mois et, de corrections en mise en page, en relecture, à la réalisation de la couverture (d’ailleurs, si quelqu’un trouve l’endroit où fut prise la photo de couverture « Le sang de l’Hermitage », je lui offre le livre -petit indice… c’est en Franche-Comté, c’était en octobre, faut me trouver le nom du village et le nom de la parcelle (lieu-dit)),  donc je disais, qu’après deux mois de prise de tête, le roman « le sang de l’Hermitage » est enfin publié en version numérique depuis ce début de semaine. 3,99 euros. En ligne dans les 200 plus grandes librairies dont Amazon, Kobo, Cultura, Fnac, mais aussi sur ma plate-forme autoédition et agent littéraire Librinova.    Pour la version papier, il faudra patienter environ un petit mois. On en reparlera.

 


dimanche 13 mars 2022

LE PRINTEMPS DES POETES


Bonjour à tous.

Le printemps des poètes, c’est du 12 au 28 mars. Le thème cette année : L’ÉPHÉMÈRE.

Va-t-on parler de la guerre en Ukraine ? Sera-t-elle éphémère ? Pas sûr ! Les dictateurs, eux, ne sont malheureusement jamais éphémères. Connaissent ils la poésie ? Non, impossible… violence et beauté des vers sont immariables.

Tout autre chose : dans un précédent article, je m’engageais à vous proposer un concours concernant la bêta-lecture. Mon roman « Le sang de l’Hermitage » est achevé. Suit un autre livre dont l’écriture est presque terminée. C’est un recueil de nouvelles, intitulé « Des nouvelles de l’amour et de la mort ». En fait, le titre n’est pas définitivement arrêté. C’est justement grâce à de nouveaux bêta-lecteurs que je pourrai affiner le titre de ce livre. Et j’ai besoin de bêta-lecteurs supplémentaires. Ceux-ci pourront, après lecture de mon manuscrit, me donner leur avis sur : l’attrait du roman, l’intérêt des intrigues, la justesse des personnages, la fluidité du style, les éventuelles erreurs de syntaxe, plus globalement, est-ce que le roman plait ? Inutile de s’attarder sur les fautes d’orthographe, celles-ci sont contrôlées par un correcteur professionnel.

Avant d’épurer mon texte de toutes les fautes d’orthographe (j’ai honte !) je demande un dernier avis à mes bêta-lecteurs. Puisque vous découvrez mon livre avant publication, vous pourrez me donner votre avis sur le type de couverture, le titre et le texte de quatrième de couverture.  Ensemble, nous serons donc à même d’améliorer la présentation du livre. Ensuite il sera publié par ma plate-forme d’autoédition préférée LIBRINOVA.

Donc avis aux intéressés. Les trois premières personnes qui répondront favorablement à ma demande seront donc mes nouveaux bêta-lecteurs. Deux primo-lecteurs me suivent déjà. Trois de plus, cela serait parfait.

En récompense, vous recevrez mes livres dédicacés : ceux déjà publiés : « Un chemin trop fragile » et « Joujou », deux à venir prochainement, « Le sang de l’Hermitage » et « Des nouvelles de l’amour et de la mort ».

J’ai pris du retard pour la sortie « le sang de l’Hermitage » et m’en excuse auprès de mes lecteurs à qui jamais promit une sortie pour début mars. Des problèmes juridiques (concordance entre faits historiques et personnages imaginaires) m’ont amené à réfléchir à d’éventuelles modifications. Donc « Le sang de l’Hermitage » sera plutôt publié en avril prochain). Pour le recueil « Des nouvelles de l’amour et de la mort », il faudra patienter à l’été. Pour me contacter : jacky2539@orange.fr.

Si vous suivez sur ce blog « Le sang de l’Hermitage », ci-dessous, la suite du feuilleton :

*****

 

 

Ce fut d’abord un bruit sourd au loin, puis mécanique. Enfin un long sifflet retentit du haut du chemin qui surplombait la ferme. L’énorme machine apparut, telle une locomotive, tirée par un vigoureux percheron. Le mécanicien marchait à côté du cheval. Louis, Georges et Germaine coururent au-devant de la batteuse. Angèle suivait en souriant, ayant déjà oublié la gifle de la veille.

Il fallut placer l’engin à l’entrée de la grange où toutes les gerbes de céréales s’entassaient. Les poules caquetaient dans les jambes des paysans. Victor se leva de son lit sans demander l’autorisation. Il n’était pas concevable que cette journée de batteuse se déroule sans lui. Il superviserait ce temps de fête et de labeur.

Tout le monde se retrouva sur le pont de grange autour de la batteuse. La machine se mit à ronfler. Marcel, avec un simple maillot de corps comme tous les hommes du jour, sauta sur la vanneuse pour pousser les gerbes à l’intérieur de l’engreneur. Erwan tirait la paille à l’avant de la machine pour la trainer ensuite dans la grange. Germaine, Joseph et deux commis d’une ferme voisine se flattaient de confectionner le plus beau pailler de la région. Le fond du fenil se parait d’or sous les faibles rayons de soleil qui s’enfilaient sous les tuiles cassées.

Louis, les épaules baraquées, montrait ses muscles en soulevant les sacs de quatre-vingts kilos de graines. Pierrot devait normalement aider à la confection du pailler, mais il préférait donner le coup de main à Angèle. La jeune fille, dans la poussière et la chaleur lourde, ramassait les « menus » autour de la presse. Le vieux Victor, contrôleur en chef, se chargeait de la pesée du grain.

Le repas de midi, mijoté par Marguerite et sa fille Jeanne fut apprécié de toute l’équipe. Sœur Marie-Madeleine aida au service autour de la grande table de fortune installée dans la grange. Elle demanda une prière avant de déjeuner afin de remercier Dieu pour cette année fertile.

— Si les boches ne nous volent pas tout ! s’exclama le vieux Victor, installé en bout de table, se tenant toujours le ventre.

— Qu’ils viennent donc, on les attend, répliqua Joseph d’un ton sérieux.

— Oui, tu as raison mon fils, d’ailleurs j’ai planqué mon fusil de chasse. Non, mais ! À les écouter, il aurait fallu déposer nos armes à la mairie de Levier.

Joseph se tourna vers Victor.

— Ne le chante pas trop fort, Père, par les temps qui courent, tout le monde surveille tout le monde.

Le reste du repas se poursuivit dans la bonne humeur, telle l’ambiance habituelle de ces jours de solidarité paysanne. À l’autre bout de la table, presque le dos contre la batteuse, Angèle se laissait taquiner par les grands cousins Louis et Georges. Pierrot guettait le badinage, l’œil mauvais.

Après le coup de sifflet sonnant la fin de la récréation, la « chaudière » ronfla à nouveau. Les hommes aimaient se retrouver entre ce travail physique et les farces fréquentes. Les fourches et les sacs jouaient ce ballet agricole, et en fin de journée tout le monde était fourbu, mais heureux. Chacun, suant et poussiéreux, se rinça le visage et le torse à la fontaine devant l’étable.

Jeanne, les bretelles accrochées sur les épaules, endossa l’accordéon. Elle fit chanter les paysans, assis autour de la grande table dans la grange éclairée, à l’heure du kirch et de la mirabelle. Angèle dansait seule, les pieds dans la paille. Erwan chantait en allemand, on le fit taire dans un grand éclat de rire général. Les deux paysans de la ferme du château, joviaux et fins amuseurs, après quelques verres de piquette, geste des scieurs de long à l’appui, égrainèrent l’épitaphe pleine d’humour d’un ami auvergnat imaginaire. Ainsi s’achevait le discours devant la tombe chimérique : « Chi git Augustin, le roi des chieurs de long, il est mort en chiant, chiez pour lui… » et la petite assemblée s’empiffrait de rires et de chants. À plus de deux heures du matin, lorsque l’accordéoniste entama la chanson des blés d’or, tout le monde reprit en chœur :

 

Mignonne, quand le soir descendra sur la terre
          Et que le rossignol viendra chanter encore,
          Quand le vent soufflera sur la verte bruyère,
          Nous irons écouter la chanson des blés d’or !

 

 

3

 

 

Janvier 1942

 

Angèle, sous un ciel couvert, s’aventura sur le chemin du château. Ses bottes s’enfoncèrent dans la neige fraiche de la nuit. Elle suivit les empreintes d’un autre, comme un jeu, une récréation. Elle parvint, après une petite heure de marche, jusqu’au mur en contrebas du manoir où les pas mystérieux la conduisaient. Elle regardait loin devant elle pour ne pas être surprise par cet étranger qui la précédait. Les traces l’emmenèrent dans la forêt. Des pas de chevreuils qu’elle savait reconnaitre croisèrent son chemin, puis une trace de lièvre.

Le nez sur le sol blanc, elle entendit une voix qui s’étouffait dans la neige devant elle. Elle releva la tête. La cabane de Diogène se distinguait dans la blancheur de la forêt. Pierrot, sur le pas de la porte, secouait ses chausses pleines de neige puis entrait dans la bicoque. La curieuse se risqua à faire quelques pas, avec cette envie de connaitre les jeux étranges des ados. Une fumée blanche et sinueuse s’élevait de la cheminée et se mélangeait à la brume du ciel. La jeune fille contourna la cabane et s’approcha de la petite fenêtre située à l’arrière. Elle n’osa coller son front contre la vitre de peur d’être découverte, mais elle perçut la voix autoritaire de son cousin. Elle comprit que cette fois-ci, Pierrot était le maitre, Diogène, le serviteur.

— Viens et embrasse-moi sur le front… maintenant, retourne dans ton cercle.

Craignant peut-être que la punition de l’autre jour ne se renouvèle, Angèle préféra quitter l’endroit sur la pointe des pieds.

Le soir même, alors qu’elle accompagnait Victor dans sa chambre, elle se confia à lui.

— Grand-père, Pierrot est bizarre en ce moment.

— En c’moment ? Mais c’est tout l’temps qu’il est bizarre ! Aide-moi plutôt à monter dans le lit.

Angèle souleva la jambe de Victor et l’enfila sous le drap. Elle remonta la couverture et tira l’édredon de plumes jusque sous le cou du vieux.

— Vous saviez, grand-père, que la cabane forestière était habitée ?

— Habitée ?

Il se souleva sur ses coudes, repoussa l’édredon, fixa sa petite-fille, attendit la suite.

— Même que Pierrot va souvent retrouver son ami qui vit là-bas.

— C’est qui ?

Angèle souleva ses petites épaules.

— Je ne sais pas, mais tous les deux, ils font des expériences, ils se donnent des ordres bizarres, puis l’autre, il obéit sans discuter.

— Écoute Angèle, je suis fatigué. J’irai voir c’qui s’passe à la cabane dès que les chemins s’ront ouverts.

— Bonne nuit grand-père.

Angèle se retira discrètement de la chambre. Dans le couloir, elle croisa Pierrot qui sortait de la cuisine.

— Ah, tu tombes bien, toi, viens donc, dit-il.

Il empoigna de force sa cousine et la traina jusqu’à la chapelle. L’intérieur était à peine éclairé par le cercle de bougie. Il approcha de la lumière, sans respecter la croix qui les surveillait du haut de l’autel :

— Tu ne serais pas venue nous guetter à la cabane ce matin ?

Angèle fit sa génuflexion devant la croix puis se releva, cherchant les yeux sombres de son cousin dans l’ombre du visage fin.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

— Parce que les pas dans la neige, ce sont les tiens. Tu es venu guetter par la fenêtre de derrière.

— Ben, les pas, c’est peut-être n’importe qui !

— On vérifiera demain avec tes bottes. Tu laisseras une empreinte dans la neige devant la ferme et l’on verra bien. Je suis sûr que c’est toi.

— Oui, c’était moi. De toute façon, je n’ai rien vu.

— Mais qu’est-ce que tu as donc à me filer comme ça ? Je te manque ?

— J’ai envie de savoir ce que tu fais.

— Ah, tu as envie de savoir ce que je fais ? Eh bien, tu vas savoir ce que je fais.

Il entraina la jeune fille jusqu’au fond de l’étable, dans la paille, vers les petits veaux. Les montbéliardes, les chevaux et même les cochons depuis leur boxe d’à côté apportaient une tiédeur agréable dans l’odeur âcre de l’écurie. Surprise par les mouvements brusques de Pierrot, elle ne comprit pas tout de suite ce que lui voulait son cousin. Il colla ses lèvres sur sa bouche, glissa ses mains sous la robe. Angèle le repoussa brusquement en criant. Pierrot plaqua aussitôt sa main sur les lèvres de la cousine pour l’empêcher d’appeler.

— Écoute-moi, petite garce, c’est la dernière fois que je le dis. Ne cherche plus à me suivre.

Il ricana :

— Sauf si c’est parce que tu me veux.

Dans la nuit de l’étable, il tenait sa cousine par la taille :

— Je sais que tu es amoureuse de moi.

Il colla une nouvelle fois sa bouche sur les lèvres de la jeune fille, puis se sauva.

Angèle s’essuya la bouche du revers de la main. Elle attendit quelques minutes avant de rejoindre la cuisine.

Marguerite reprisait des chaussettes au coin du feu. Germaine, Louis et Georges parlaient de la guerre, assis à la grande table. Jeanne se recoiffait devant le miroir au-dessus de l’évier. Erwan et Marcel tiraient des fils d’acier sur des cadres de ruches. Angèle se glissa dans les bras de sa mère.

— Qu’est-ce qui se passe, ma chérie, tu as besoin de tendresse tout à coup ?

Angèle enfouit sa tête contre la poitrine de Jeanne pour ne pas montrer son trouble. Sa mère caressa les cheveux blonds.

— Allez viens, on monte au lit.

Par la porte entrouverte de la chapelle, la lumière dansante des bougies dévoilait le visage creux de Pierrot lorsque les femmes traversèrent le couloir. Jeanne ne vit rien, Angèle jeta un coup d’œil, le temps d’un frisson. À l’étage, toutes deux dormirent dans la même chambre. Comme chaque soir de ce mois de janvier glacial, Jeanne déposa une brique chaude dans les deux lits. Chacune se pelotonna sous un énorme édredon de plumes. Jeanne s’endormit. Angèle, fébrile, imaginait Pierrot amoureux d’elle. Mais quelle violence en cet homme ! Fallait-il succomber à ce charme cruel ? Surement pas ! Il y avait Marcel et Georges, ses autres cousins, certes plus âgés, mais tellement plus gentils. Et puis l’ainé, Louis, grand et costaud. C’est vrai que tous les quatre étaient beaux, mais pourquoi fallait-il donc que ce soit le plus méchant le plus entreprenant ? Elle s’endormit enfin, le froid effleurant son visage découvert. Contre la vitre, les éclats de givre dessinaient des petites étoiles blanches sous la clarté de la lune. Le ciel se déchirait, demain serait une belle journée.

 

Le soleil brillait au cœur de l’hiver, et le chemin de la ferme disparaissait sous les terres meringuées. Les gros sapins, peu fiers, pliaient sous le poids de la neige et leurs branches, tels des membres avachis, se courbaient, soumises, jusqu’à caresser le sol blanc. Louis et Georges, avec l’aide de Volcan, le robuste Comtois, réussirent à tirer le triangle jusqu’à l’intersection de la route de Levier le château. Faut dire que l’autre cheval venait d’être réquisitionné par les Allemands. Ce jour-là, lorsqu’une camionnette militaire se présenta à la ferme, le vieux Victor s’était emporté. Il avait tellement tenu tête aux Allemands que ses petits-fils avaient eu le temps de tirer Volcan hors de l’écurie et de contourner la ferme pour le cacher dans le bois de Palentin.

L’après-midi, Victor prétexta une visite à son fils Joseph à l’annexe du château pour monter sur le charriot tiré par Volcan, accompagnée de sa petite-fille. En fait, il voulait juste vérifier les dires d’Angèle et faire un tour à la cabane forestière. Depuis quelques semaines, le grand-père retrouvait la forme et sa rechute de l’été n’était plus qu’un mauvais souvenir.

En passant sous le mur du parc du château, le chemin n’était plus ouvert par le triangle. Alors Victor attacha le cheval au portail du domaine. Angèle passa son bras sous le coude du grand-père et tous deux s’aventurèrent péniblement dans la neige fraiche. Aucune trace devant eux, Pierrot n’était donc pas à la cabane cet après-midi-là.

— C’est pas grave, dit Victor, on verra toujours bien si la bicoque est habitée.

Et en effet, Diogène se tenait debout devant la porte lorsque Victor et Angèle approchèrent de la maisonnette cachée sous les sapins.

— C’est toi qui habites cette bicoque ? interrogea aussitôt le grand-père.

Le jeune homme, le dos cassé, dévisagea la jeune fille puis leva son regard vers le vieux.

— Bonjour, je m’appelle Diogène, enfin… on m’appelle Diogène.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Y a au moins quinze ans qu’y a plus personne.

Diogène tendit le bras vers l’intérieur de la cabane.

— Entrez au chaud.

Une seule pièce, chauffée par un poêle à bois collé près du mur, donnait l’impression d’une grande place disponible, d’autant que pour tout meuble trônaient une petite table de sapin, deux chaises de paille et un simple lit d’angle. Un rayonnage était mal caché par un rideau coloré de fleurs où les pétales fanaient sous la crasse.

Le jeune homme présenta les chaises pour laisser s’installer le grand-père et Angèle. Quant à lui, il s’assit sur le bord du lit.

— Vous venez du château, questionna Diogène.

— Ça te regarde pas, répondit brusquement le vieux.

Il cracha sur le sol de terre battu et, de sa grosse main ridée, il s’essuya la bouche et le nez.

— Dis-moi plutôt c’que tu fais là.

— Je suis d’un village du Nord et pendant la débâcle un monsieur m’a dit de venir m’installer là jusqu’à la fin de la guerre. Je n’ai plus de parents.

— C’est qui ce monsieur ? Ici c’est privé, et la cabane appartient au comte.

— Justement, c’est en passant près d’un village de Haute-Saône que ce monsieur m’a dit que le comte me protègerait et me laisserait cette cabane désaffectée.

— Et tu vis de quoi gamin ?

— Je ne suis pas un gamin, je suis grand, j’ai dix-sept ans. Je me débrouille seul pour me nourrir. Les bois et les prairies du coin me donnent tout ce dont j’ai besoin.

— Je suis sûr que tu poses des collets, chenapan !

Diogène fit la moue.

— Et pis c’est quoi ces histoires de fioles, de drogues et toutes ces simagrées ?

Le jeune homme se souleva du lit puis tira le rideau crasseux pour montrer ses récipients. Certains étaient vides, d’autres remplis de liquides colorés.

— Je fais des expériences, je serai chimiste, ou magnétiseur, ou radiesthésiste… quelque chose comme ça. Y a des paysans par ici, si leurs bêtes tombent malades, je pourrai les soigner.

Angèle ne disait rien, buvait les paroles du jeune homme en admirant son visage plein de finesse.

Diogène s’enthousiasmait. Il expliquait, montrait, réexpliquait. Victor l’interrompit :

— Je comprends rien. Dis-moi plutôt ce que vient faire ce garnement de Pierrot par ici.

— Vous le connaissez ?

— Ça te regarde pas.

— Il s’intéresse à mes expériences tout simplement.

— Je veux pas qu’il revienne te voir, compris ?

Angèle baissait la tête. Elle avait pitié de ce jeune garçon qui ne demandait peut-être qu’un peu de compagnies. Elle osa intervenir :

— Grand-père, il a le droit d’avoir un ami.

Victor essaya de sourire à sa petite-fille puis se tourna vers Diogène.

— Bon, tu fais ce que tu veux, mais je te préviens, tourne pas mon petit-fils en bourrique, il n’a pas besoin de mauvaises fréquentations. Allez, viens, Angèle, on s’en retourne avant la nuit.

 

 

*****

 

 

Ce matin de premier mai, Louis, Marcel et Angèle couraient les escargots sous un ciel pluvieux. Cachée sous sa grosse veste kaki, Angèle plaisantait avec Marcel et ils en oubliaient de ramasser les mollusques. Louis ronchonna :

— Vos sacs sont vides, vous devriez avoir honte. Maman ne va pas être contente. Elle compte sur nous pour les fêtes à venir.

— Mais ton sac est bientôt plein, Louis, tu compenseras.

— Non, mais, vous rigolez, allez… hop, on s’amusera plus tard !

Alors qu’Angèle trainait ses bottes dans le pré pendant que Louis et Marcel fouinaient le long d’un buisson, elle s’approcha de ses cousins.

— Y a pas beaucoup d’escargots, hein.

Puis elle sourit à Marcel tout en lui chipant son sac d’escargots.

— Mais qu’est-ce que tu fais Angèle ?

— Tiens, le voilà ton sac.

Mais la cousine lui rendit sa propre musette qui ne contenait que quelques mollusques.

— Oh la chipie !

Et voici Angèle à courir dans l’herbe mouillée. Bien sûr elle tomba à terre et Marcel qui la poursuivait dut la relever après une petite tape amicale sur les fesses.

— Tu peux le garder mon sac. Je vais remplir le tien et je suis sûr que j’en aurai ramassé plus que toi.

Angèle s’appliqua à chercher les escargots par jeu, le sourire aux lèvres. Louis s’énervait de ces passe-temps, car les toiles de jute ne s’emplissaient pas très vite. Mais était-ce bien là son véritable souhait ou plutôt un brin de jalousie ? La cousine, à bientôt quatorze ans, dévoilait toujours plus de charme.

Arrivé au bout du pré où les frênes tremblaient sous la brise, Louis se pencha pour cueillir quelques brins de muguet et les offrit à sa cousine. Elle respira le doux parfum puis embrassa le garçon en jetant un coup d’œil malicieux vers Marcel. Elle s’empressa de compléter son bouquet en se courbant à son tour sous les branches basses.

Vers midi, toute cette jeunesse s’en retourna à l’Hermitage à travers la grande combe humide. Les gouttes de pluie chatouillaient les visages. Flânant entre ses deux cousins, Angèle vivait de bonheur et de liberté.

Lorsqu’ils approchèrent de la ferme, Germaine et Jeanne tiraient de l’eau à la pompe de la fontaine. Victor trainait une lessiveuse derrière lui. Il préparait la cellule des escargots, là où ils seraient privés de nourriture, le temps de les purger.

— Des escargots à la persillade, hum, ça va être bon ! s’exclama Louis en s’abritant sous l’auvent.

Germaine ronchonna :

— Pour sûr, j’aurai bien du persil et un peu d’ail, mais du beurre, c’est une autre histoire.

— Les boches deviennent de plus en plus exigeants, s’énerva Victor.

Jeanne frappa dans ses mains :

— C’est l’heure de la soupe et n’oubliez pas de quitter vos bottes devant la porte de la cuisine, je viens de récurer.

 

 

*****

 

 

L’été succéda aux longs dimanches religieux du printemps avec le retour de la fenaison, des moissons puis des regains. Pierrot se cachait toujours au moment des travaux, mais Angèle et Victor connaissaient le passetemps préféré de cet introverti. Les semaines précédentes, la cousine avait surpris, sans se faire repérer, les allées et venues de Pierrot à la cabane forestière. Les expériences et les étranges leçons se poursuivaient.

Victor se portait comme un vieux tilleul, noueux certes, mais plein de vigueur. Il marchait toujours avec sa canne, mais le pas était plus sûr. Pendant les foins, il se risqua même à remplacer sa fille Germaine sur le siège de la faneuse, secouant fièrement la bride de Volcan. Et dire que deux ans en arrière, l’intellectuel de la famille, Georges, préparait l’épitaphe de son grand-père, et la fille ainée, Sœur Marie-Madeleine, restait à genoux au pied du lit du mourant, se relevant quelques fois pour s’agenouiller dans la chapelle. À l’époque, les lèvres de la religieuse n’étaient que psaumes, les doigts restaient continuellement croisés et les yeux se fermaient sur le noir de la mort. Aujourd’hui, Victor ressuscité, Marie-Madeleine s’enfonçait dans ses prières pour remercier Dieu.

— Je vais bientôt retourner à Consolation, dit-elle.

Le monastère de Notre-Dame de Consolation, isolé au fond d’un val perdu près de la frontière suisse, avait hébergé Sœur Marie-Madeleine dès l’âge de dix-huit ans. En 1938, lorsque Victor tomba malade, elle demanda l’autorisation de quitter le couvent pour s’occuper de son père à l’Hermitage. Elle pouvait ainsi poursuivre, quelque part, son œuvre de charité et catéchiser toute la famille à la chapelle de la ferme. Mais aujourd’hui que Victor allait mieux, elle envisageait sérieusement de repartir.

— Tu crois qu’c’est l’bon moment ? interrogea sa mère.

Et Marguerite d’expliquer que l’occupant devenait exigeant, que la vie était dure et que l’on avait besoin de tous les bras, surtout depuis qu’Antonio avait quitté Germaine. Et puis Victor pouvait rechuter d’un jour à l’autre. Et surtout, on avait besoin de prières par les temps qui courent.

— Comme que comme, ajouta-t-elle, c’est pas la peine de r’partir si loin, il y a une congrégation ici à Levier, tu devrais t’renseigner.

Alors Sœur Marie-Madeleine sortit prendre l’air sur le chemin de Bellecombe pour méditer sur les paroles sensées de sa mère, les doigts croisés, la cornette sur la tête.

 

Erwan se plaisait à la ferme et les leçons de français de sa professeure portaient ses fruits.

— Quoi on apprend aujourd’hui, jolie Angèle ?

— On dit : qu’est-ce que l’on apprend aujourd’hui ? Pas « quoi ». Je sais… tu n’es pas à bonne école ici, parce que, à la ferme, tout le monde parle mal. Il parait que c’est parce que l’on est paysan. Mais avec toi, tu vois, je fais des efforts. Et puis à l’école, j’écoute bien les leçons de français. J’aime Chateaubriand, Charles Péguy… Je voudrais découvrir d’autres écrivains, mais les frères religieux ne veulent pas. Il parait que les autres, ce sont des mauvais écrivains parce qu’ils critiquent les gouvernements et même, des fois, les curés. C’est monsieur Tourel, mon professeur de piano, qui me l’a dit.

Erwan, assis dans la paille à côté de sa maitresse, reprit docilement :

— Qu’est-ce que l’on apprend aujourd’hui, jolie, très jolie Angèle ?

Le bleu de ses yeux valait la caresse de ses mots.

La jeune fille rougit, baissa la tête tout en chipant un brin de paille qu’elle porta à sa bouche, comme pour mâchouiller son trouble.

Après un long silence, sourire aux lèvres, Erwan insista :

— Ça va comme j’ai dit ?

— Oui, ça va.

Angèle déposa avec hardiesse un rapide baiser sur la joue du jeune allemand et se sauva en courant.

 

 

*****

 

 

Lorsque les rallonges furent posées, la table s’étira sur la moitié de la grande salle à manger. Au retour de la messe de la Saint-Paul, Victor déboucha une bouteille de bon vin du Jura gardée pour l’occasion, c’était son anniversaire. Ses quatre-vingt-deux ans se fêtèrent ce dimanche-là, autour d’un repas d’exception. Il fallait oser un tel festin en cette période de privation. Germaine donna des ordres en s’essuyant les mains dans son tablier :

— Les enfants, asseyez-vous au bas de la table, Joseph et Maria, en haut, les autres vous vous installez où vous voulez.

Puis elle posa sur la table un plat de pâté agrémenté de cornichons, dressé sur une gelée maison. Tout en restant debout près du banc des enfants, elle tailla dans la terrine avec son grand couteau et servit une tranche de pâté à chacun des convives.

Marguerite et Victor avaient réuni tous leurs enfants. Victor était en bout de table, Marie-Madeleine, à l’autre bout. Ce que l’on appelait le haut de la table (pourtant le sol était parfaitement plat) semblait être l’endroit le plus noble de la pièce, le bas visiblement réservé au menu fretin. Les cousins se tenaient plutôt en bas, Jeanne et Marguerite en haut, près de Joseph. Angèle se retrouva assise entre sa grand-mère et Pierrot.

— Heureusement que tu nous as fait une fille, ma Jeannette, dit Victor tout en dévorant sa charcuterie, quand je vois toute cette tablée, ça me rappelle que ma Germaine et mon Joseph, ils n’ont fait que des garçons. T’aurais dû laisser faire une fille à la Germaine et toi, tu m’aurais fait un garçon !

— Pourquoi tu dis ça, papa ?

— On ne dit pas « pourquoi tu dis ça », mais « pourquoi dis-tu cela », m’man.

Et pan ! Une taloche sur la joue d’Angèle, puis Marguerite compléta son geste de sa petite voix criarde :

— On cause pas comme ça à sa mère, les bonnes manières, tu les gardes pour toi et ton école.

Jeanne tourna un regard bienveillant vers sa fille. Angèle baissa la tête, rouge de honte devant ses cousins.

— M’man, ne sois pas si dur avec ma petite Angèle, elle a cru bien faire.

— Alors toi aussi tu voudrais donner des conseils aux anciens ?

— Excuse-moi, m’man.

— Y a pas si longtemps, ma Jeanne, les enfants comme toi devaient nous vouvoyer.

Victor intervint pour réchauffer l’atmosphère :

— Tu m’as fait une jolie petite-fille, c’est t’y pas vrai, ma Jeannette ?

Puis se tournant vers Angèle :

Hein qu’elle est belle, ma petite Angèle, je l’aime bien ma petite Angèle !

— Y a beaucoup de monde qui l’aime bien la petite Angèle, marmonna Pierrot, ses yeux noirs fixant ses grands frères. Seule Angèle, assise près de lui, entendit la jalousie du cousin.

— Faites de la place, tonna Germaine en posant la tôle brulante sur le dessous-de-plat.

Les coquilles d’escargots bouillonnaient, l’odeur de la persillade emplissait les narines, le crépitement du beurre chaud donnait de l’appétit jusqu’aux oreilles. Tout le monde se jeta sur les coquilles brulantes. Les vieux, les jeunes, les gamins, tous les convives dégustèrent les escargots dans un silence religieux. D’autres tôles pétillantes remplacèrent les vides, puis d’autres encore.

Au retour de la cuisine, les grosses mains de Germaine soutenaient un plat de champignons à la crème où flottaient les morilles noires. Elle essuya ses mains dans son tablier puis reprit sa place à table. En cherchant bien dans le plat, chacun put trouver une tranche de jambon braisé sous la sauce crémeuse.

— Si les boches voyaient tout c’qu’on s’empiffre, ironisa Joseph, ils nous confisqueraient tout.

— Peut-être bien qu’ils viendraient nous voler nos derniers cochons, s’esclaffa Marcel.

Germaine servit la tarte à la rhubarbe. Comme il restait une part de trop, Victor se l’appropria et la croqua à pleines dents.

— C’est toujours ça que les boches n’auront pas ! pouffa-t-il, les joues gonflées du bon dessert.

Les hommes riaient de bon cœur, les femmes gloussaient, Jeannot et Paul avaient déjà quitté la table sans permission.

— T’as vu comme tu élèves tes gosses, Joseph ? grommela Marguerite.

— Dites donc grand-père, vous avez énormément mangé aujourd’hui, on dirait que votre estomac est guéri ! intervint Louis.

Victor se pencha sur sa chaise et tapa sur son ventre de nouveau bedonnant.

— Eh oui, je vais bien, mon grand !

Il se tourna vers sa fille :

— Germaine, va nous chercher la goutte.

La bouteille passa de main en main, chacun versa la gniole dans son verre, la mirabelle coula dans les petits verres à liqueur.

— Comme ça, je suis sûr de bien m’servir, se justifia Victor.

S’ensuivit une bonne lampée au fond du gosier.

— C’est vrai que le papa va mieux, dit Jeanne en souriant.

Le repas s’acheva dans la bonne humeur. Angèle, depuis sa taloche, n’avait pas dit grand-chose à table. Les cousins avaient échangé quelques plaisanteries, lorgnant de temps à autre vers la belle Angèle. Elle se leva de table après avoir demandé la permission, soulevant sa chevelure blonde de ses fines mains. Elle traversa l’écurie pour retrouver Erwan au fond de la grange. Il fallait bien poursuivre les leçons de français.


lundi 21 février 2022

JOURNEE INTERNATIONALE DE LA LANGUE MATERNELLE

 


Bonjour à tous.

C’est aujourd’hui la journée internationale de la langue maternelle. Ouf ! on peut donc espérer parler français sans intonation anglaise… quoique… parait-il, certains mots d’outre-Manche sont franchement entrés dans notre quotidien. Pourquoi pas ? Qui imaginerait aujourd’hui remplacer le mot interview par « interrogatoire », ou « questions à une vedette » ou « puis-je en savoir plus sur vous » ? Mais pour bien d’autres termes, le franglais devient envahissant.

 OK (zut j’écris de l’anglais !) l’informatique avec tous ces géants de la Silicon vallée ont su, grâce à leur avance technologique, nous imposer leur monde, leur culture et leur langue high-tech (merde, j’écris encore de l’anglais). (« Merde », au moins, c’est français.) Mais en dehors de l’informatique, bien d’autres termes anglais s’infiltrent dans notre vocabulaire. Pas sûr que c’est à notre avantage.

Merci donc à la défense de la langue maternelle (et paternelle… soyons un peu solidaires des hommes quand même) puisqu’en ce 21 février, l’UNESCO fait la promotion de la langue de chaque nation, voire de chaque région.

J’en reviens au franglais, dont l’Académie française a récemment rédigé un rapport contre l’intrusion trop fréquente de mots anglais dans notre belle langue de Molière. Ce qui me fait le plus ragé, c’est qu’un nombre impressionnant de créateurs de contenus, de blogueurs, youtubeurs (merde… encore des origines douteuses), je disais donc, pour en revenir à ma phrase inachevée à cause des mots Youtubeurs et Merde, c’est exaspérant que des auteurs de romans et conférenciers en écriture, donc donneurs de leçons, se servent de podcast (zut et merde ! Est-il encore possible d’écrire une phrase entière avec juste des mots français ?), je disais donc, les donneurs de leçons utilisent beaucoup de termes anglais sur leurs podcasts et autres sites. Ces blogs d’écriture qui par définition informent le lecteur de comment bien écrire des romans, des nouvelles, se croient les véritables chevaliers de la littérature française. Mais veulent-ils vraiment mettre en avant la langue française ? Pas sûr. Ils me laissent plutôt le gout du bizness (bizness, c’est français ?), l’idée de montrer à leurs adhérents comment bien écrire pour gagner sa vie par l’écriture. L’idée en soi pourrait être noble, enfin… un tout petit peu noble, si ce n’était au détriment justement de notre belle et riche langue nationale.

En effet, au hasard d’un blog d’écriture, parmi tant d’autres, j’ai dû cliquer (cliquer, c’est français ? Ah oui !)  sur Keep reading ou Older post (pour les idiots qui ne connaitraient pas l’anglais : « continue de lire » et « message plus ancien »), alors pour les idiots comme moi, j’ai dû faire appel à un traducteur en ligne. Pour le reste de la leçon d’écriture « apprendre à bien écrire un roman en français », j’ai croisé un nombre incalculable de mots tels que urban, héroic, dark fantasy, Timelane et bien d’autres. On en arrive aujourd’hui à ne plus pouvoir écrire en bon français, à ne plus savoir exprimer ses émotions dans la langue de Molière. Ah si, dans des millions de SMS on arrive à se comprendre ! y a les émojis, des smileys. Du coup j’ai mis un s au pluriel d’émoji, de smiley, mais je ne suis pas sûr, je ne connais pas la grammaire du franglais.

 Au fait… émoji ! ce n’est pas l’anglais qui déborde notre bon français, c’est plutôt le japonais. En effet, on se comprend beaucoup mieux dans cette langue un peu chinoise ! (Désolé, je n’ai pas osé finir cette dernière phrase avec un émoji).

Par de simples mots français, l’on peut exprimer sa colère par une syntaxe parfois ironique, mais autrement plus délicate, et il en est de même pour toutes les émotions parce que prendre le temps d’écrire laisse une marque de respect envers l’autre. La seule émotion que me procure l’expéditeur d’un émoji, c’est celui de la rapidité, comme s’il était utile de vite échanger et de passer à autre chose. Et puis, une tête parfaitement ronde avec des yeux tout noirs, pas sûr que c’est cousine Germaine ou tante Huguette !


Et pour ceux qui aiment les sagas familiales : 

La suite "Le sang de l'Hermitage"

Année 1941

 

Après le Nouvel An, la neige tomba abondamment. Il fallut atteler le Comtois qui tirait le triangle pour ouvrir le chemin jusqu’à la grande route de Levier. Angèle et ses cousins pourraient ainsi marcher plus facilement sur le chemin pour rejoindre, ou la fromagerie, ou l’école Saint-Joseph.

— J’n’aime pas les frères religieux, ils sont trop sévères.

Chaque matin c’était la même remarque et souvent, au retour de l’école :

— Sont méchants les frères, et puis ils sont pas beaux.

De toujours entendre la même rengaine, Jeanne haussait les épaules et ne disputait même plus sa fille. Faut dire qu’elle semblait d’accord avec Angèle. Lorsque sœur Marie-Madeleine se trouvait dans les parages, ce n’était pas la même histoire et la tante prenait alors la jeune fille par la main. Elles partaient toutes les deux au fond du couloir, entraient dans la chapelle et s’agenouillaient. Marie-Madeleine, engoncée dans sa robe-chasuble, priait pour sauver l’âme de sa nièce, et Angèle bougeait les lèvres, sa conscience immobile s’inventant une vie joyeuse.

Le jeudi après-midi, Angèle partait à pied à l’annexe du château pour suivre des cours de piano. Monsieur Tourel, un vieux musicien rémunéré par le comte, attendait sagement son élève.

— Vous êtes gentil, monsieur Tourel, c’est pas comme les frères religieux.

Monsieur Tourel posait son doigt sur sa bouche.

— Chut ! Allez au travail.

Angèle n’aimait pas le solfège, mais dès que ses petits doigts couraient sur le clavier, les yeux fixés sur sa partition, tout son être plongeait dans un autre monde. Elle se surprenait parfois à fermer les yeux, et les notes continuaient de s’égrainer, justes et mélodieuses.

— Tu es une brillante élève, mon enfant.

Angèle était fière de cette fréquente remarque. Alors elle rejoignait l’Hermitage à clochepied, toujours en chantonnant, que ce soit sous la neige ou la pluie, le soleil ou le froid. Les grands cousins partaient souvent à sa rencontre, tantôt Louis, tantôt Georges, plus rarement Marcel. Quelquefois Pierrot s’aventurait sur le chemin pour raccompagner sa cousine. C’était à celui qui pouvait s’attirer les faveurs de la jeune fille. Et Pierrot se sentait privilégié, puisqu’à bientôt seize ans, il n’avait que trois petites années d’écart avec sa cousine. Et la petite blonde, espiègle, jouait de ces jalousies.

Pierrot n’allait plus à l’école puisqu’il devait aider à la ferme. Mais il préférait passer son temps à courir la forêt, rôder autour du parc du château ou surveiller ses frères. Était-il pieux ? Personne dans la grande famille ne pouvait le dire, toujours est-il qu’il passait beaucoup de temps à la chapelle, presque autant que sa tante Marie-Madeleine. Mais pendant que la religieuse priait, Pierrot rêvassait. Parfois il allumait un cierge, brulait un peu de cire en penchant la bougie sur l’autel, posait le cierge dans la cire fondue, puis un deuxième, un troisième, et d’autres encore, jusqu’à faire un cercle. Il plaçait en son centre un couteau en bois de sa fabrication. Il se reculait puis entonnait un cantique sombre.

— Je t’ai déjà dit que ce n’était pas une secte ici, mais une chapelle pour prier notre seigneur Jésus.

— Dis donc, tata, t’es la première à bruler des cierges, pourquoi pas moi.

— D’abord, ces temps-ci faut économiser. Des bougies, on va bientôt en manquer.

Alors, comme un affront, Pierrot ajoutait un cierge de plus autour de son cercle, chantait son cantique intriguant et quittait la chapelle en marmonnant.

 

En ce mois de neige et de vent froid, Germaine ne mit pas le nez dehors. À part la traite des montbéliardes, elle laissa ses fils s’occuper des soins du bétail et de l’entretien du matériel. On venait de tuer le cochon, alors le salage, le fumage, les conserves, tout cela l’occupait bien. Les terrines bouillaient dans la lessiveuse et les arômes de la cuisson embaumaient la maison et cachaient l’odeur du bétail. Sa mère Marguerite donnait le coup de main malgré son âge et son corps rachitique, les nerfs remplaçant les muscles. Alors après le souper, la vieille partait se coucher de bonne heure. Et pendant ce temps, son mari trainait dans la grande cuisine, sa santé allait mieux. Il se surprenait même, certains samedis soir, à taper le tarot avec Louis et Georges. Souvent son fils Joseph se déplaçait à vélo depuis le château, une main sur le guidon, l’autre tenant la lampe électrique. C’était le quatrième homme pour jouer aux cartes.

Victor cracha, renifla et s’essuya le nez.

— Et pis ce soir, t’as pas emmené la Maria ?

— Oh, la Maria ! Tu l’imagines courir à pied derrière le vélo, répondit Joseph dans un grand éclat de rire, comme que comme, elle s’occupe des gamins. Elle est bien mieux au chaud à la maison.

– T’as pas peur que l’autre de la ferme du château vienne la r’eluquer pendant qu’t’es ici ? ricana Victor.

Et l’hiver se déroulait ainsi, entre la traite et le soin des bêtes, les allées et venues à la fromagerie avec l’âne et les bidons, la cuisine de Germaine, la bonne humeur de Victor le ressuscité, les sourires des cousins, la sournoiserie de Pierrot, les coquetteries de Jeanne et ses longues soirées au tricot ou à la couture. Et pendant ce temps, Erwan restait discret, dormait dans la paille, refusait le lit douillet et apprenait tranquillement la langue de Molière. Angèle venait discrètement dans la grange pour retrouver le jeune allemand. Elle s’asseyait sur la paille à ses côtés pour donner les premières leçons de français. Elle le trouvait beau depuis qu’il avait rasé sa barbe.

— Tu vois Erwan, on ne dit pas Allemande, on dit Allemand. Allemande, c’est fille. Moi, Angèle, moi fille. Toi, Erwan, toi, garçon. Moi Française, toi Allemand. D’accord ?

Puis elle joignait le geste. Une fois l’index sur son ventre, une fois sur la poitrine d’Erwan.

— Ah ja, moi compris !

— Non toi rien compris, parce qu’ici, en France, on dit oui, pas ja… compris ?

Et il en était ainsi tous les dimanches après-midi de l’hiver et, lorsque le mois de mars arriva, Erwan commençait à baragouiner quelques phrases cohérentes.

 

*****

 

Ce matin-là du mois de mai, alors que Jeanne et sa fille longeaient un buisson de Bellecombe, chacune un imperméable sur le dos et un sac de toile à la main, elles croisèrent Pierrot, un panier d’osier posé sur l’avant-bras où rampaient quelques gastéropodes.

— Mais c’est nouveau ! On ne va pas aux escargots avec un panier, s’exclama Angèle.

Pierrot essaya de sourire :

— Je n’ai rien trouvé d’autre. Et puis c’est mieux que vos sacs, elles étouffent les bestioles, là-dedans.

— Eh bien non justement, les nôtres, ils sont tous rentrés dans leur coquille. Les tiens, ils sont à l’air, ils cherchent à se sauver. Regarde, y en a qui court sur le bord du panier.

Au même instant, l’escargot, de trop se pencher sur l’osier, tomba au sol. Aussitôt Pierrot l’écrasa sous sa botte.

— C’est bienfait pour toi, t’avais pas besoin de t’sauver.

Angèle, déçue par ce geste cruel, dévisagea son cousin. Il avait le visage fin et les joues creuses. Le nez droit et serré dominait une bouche aux lèvres délicates. L’œil noir, brillant, mystérieux, évoquait une énergie brutale. Cette beauté obscure troublait la jeune cousine.

Pierrot guetta Jeanne qui s’éloignait en bordure de bois.

— Viens, cousine Angèle, on va de notre côté, je sais où il y a plein d’escargots.

Angèle suivit, comme une envie honteuse, comme si elle voulait comprendre ce charme envoutant. Ils s’aventurèrent sous une pluie fine jusqu’au fond de Bellecombe à la limite de Labergement, glanant quelques escargots.  

— Il faut faire demi-tour, Pierrot, il est bientôt midi, on va se faire disputer.

Le cousin se tourna vers elle, s’agrippa à son avant-bras :

— Pourquoi t’es toujours avec Louis ou Georges, et moi alors ?

— Pourquoi tu dis ça Pierrot, je suis bien avec toi ce matin ?

— Oh ! c’est tellement rare.

Il fixa sa cousine de ses yeux noirs :

— À partir d’aujourd’hui tu passeras plus de temps avec moi et tu laisseras les autres de côté.

— Non, mais dis donc, ça ne va pas ! Je fais ce que je veux. Il n’est pas question de laisser tomber Louis et Georges. Et puis Marcel aussi je l’aime bien !

— Tu as tort, ils sont trop vieux pour toi. J’ai presque ton âge, c’est avec moi que tu dois t’amuser.

— Viens, Pierrot, on rentre, je t’aime bien aussi, tu es différent, mais je t’aime bien. Mais faudra plus écraser les escargots, promis ?

Angèle prit son cousin par la main. Ils rentrèrent à la ferme en courant, les bruits des coquilles s’entrechoquaient dans les sacs de toile.

 

 

*****

 

 

Le soleil inondait la combe et la période des fenaisons se préparait. Les montbéliardes broutaient l’herbe tendre sur les hauteurs de Malvaux derrière la ferme. Elles secouaient leurs oreilles, tapaient de la queue, les mouches envahissaient leurs yeux. Germaine sortait un Comtois de l’étable pour l’atteler à la faucheuse lorsqu’elle entendit des cris. Elle se redressa en s’essuyant les mains dans son éternel tablier noir et blanc. Elle reconnut Joseph au milieu du troupeau de vaches et qui s’approchait de la ferme, son fils Jeannot à ses côtés. Lorsque l’enfant reconnut sa tante, il lâcha la main de son père et courut jusqu’à la porte de l’écurie :

— Tata, tata… les Allemands…

Il reprit son souffle.

— Les Allemands… ils ont attaqué…

Joseph s’approcha, prêt à donner des explications. Sa sœur le dévisagea, inquiète.

— Qu’est-ce qui se passe, Joseph ?

— T’affole pas, c’est pas pour nous. Le gosse, il est tout excité, en fait les Allemands ont envahi la Russie.

— Je vous avais bien dit… ils attaquent. Ils sont forts ces salauds d’Allemands.

— On ne cause pas comme ça, Jeannot. Ça a beau être des Allemands, on ne cause pas comme ça. Si sœur Marie-Madeleine t’entendait !

Le gamin baissa la tête, son père sourit. Erwan sortait de l’écurie avec le deuxième cheval comtois. Le frère et la sœur se tournèrent vers lui. Le juif allemand se figea :

— Problème grave ?

— Non, non… approche Erwan, dit Joseph.

Erwan s’étonna :

— J’ai fait un bêtise, ja ?

Le petit Jeannot riait de l’accent allemand. Mais il l’aimait bien, Erwan. Tout le monde l’appréciait, que ce soit au château ou à la ferme. C’était un garçon travailleur et toujours souriant. Il se plaisait à l’Hermitage, il aimait raconter que la France était le plus beau pays du monde et que les forêts de Levier étaient aussi jolies que la forêt noire.

Tous quatre tiaffaient dans des flaques de purin qui stagnaient devant la porte de l’écurie. Joseph jeta son mégot au pied de ses godillots.

— Dis donc, t’en penses quoi, toi, que tes compatriotes ont attaqué la Russie ?

— Compatriotes ?

Pour une fois que Joseph cherchait de beaux mots ! Il se rendit compte de sa bévue. Il reposa sa question en détachant chaque syllabe ?

— L’Alle magne… a dé claré… la guerre à… Ru ssie. Tu es… con tent ?

Erwan tenait toujours la bride du cheval qui hochait de la tête. Tout en caressant le dos du Comtois, sans trahir aucune émotion, il répondit, jetant un œil vers sa patronne :

— Hitler est fou. La guerre sera perdue. Vous… bientôt libre… et moi…

Il laissa couler une larme. Était-ce un réel bonheur ? De l’amertume ? Où croyait-il vraiment à ce qu’il disait ?

Germaine se tourna vers son frère :

— Tu vas en parler à ton père ? Je suis sûr qu’il sera content de savoir qu’Hitler a un ennemi de plus.

Joseph traversa l’écurie pour retrouver Victor qui devait trainer quelque part dans la ferme. Lorsqu’il le découvrit, assis sur un banc sous l’avant-toit, le regard vers le fond de Bellecombe, il lui annonça la nouvelle dans la bonne humeur. Mais Victor semblait loin de la guerre. Il se tenait le ventre, souffrait de ses brulures d’estomac, et ce matin il venait de vomir tout son petit-déjeuner.

 

À l’Hermitage, toute la famille suivait la rechute du vieux. Il gardait à nouveau le lit et les filles s’inquiétaient. Grand Dieu, c’était déjà bien beau ce répit que le seigneur lui avait accordé, se disait Joseph qui acceptait l’évidence.

Les foins se fauchaient, les moissons aussi, et tous les fils aidaient la brave Germaine dans les travaux de la ferme, tous… non. Pierrot le garnement courait les bois dans la journée, chaque soir il souillait la chapelle avec de noires prières. 

 

En cette fin d’après-midi, le soleil fléchissait derrière les sommets de Palentin. Cheminant le long des haies à l’approche de la fromagerie, Jeanne égrainait les mures noires et juteuses qui tombaient dans le bidon de fer-blanc accroché à la ceinture de son tablier. Angèle suçait le bout de ses doigts sucrés de sa langue violette.

— Arrête de t’empiffrer et cueille donc, sinon je te prive de confiture.

— Je sais bien que ce n’est pas vrai !

Et la jeune fille aidait sa mère, le sourire aux lèvres.

Au détour de la route qui emmenait au château, toujours à glaner les fruits rouges, les deux femmes reconnurent Pierrot au loin qui s’engouffrait dans le bois, direction l’ancienne cabane du garde forestier. Curieuse, Angèle décida de courir derrière son cousin pour voir ce qu’il manigançait. Elle s’écorcha les chevilles en traversant les ronces, buta sur les souches, sauta par-dessus les fougères basses, elle fut bientôt quelques dizaines de mètres derrière Pierrot. Elle le surprit à pousser la porte de la baraque forestière. Elle s’immobilisa au pied d’un sapin, se demandant ce que pouvait bien mijoter son cousin dans cette bicoque inhabitée. Pierrot ressortit bientôt de la cabane, accompagné d’un jeune homme sensiblement du même âge que lui. Elle se cacha derrière son arbre.

L’homme se voutait malgré son jeune âge et montrait quelques poils trop longs sous son menton. Il discutait avec Pierrot, mais ne parvenaient jusqu’à Angèle que quelques miettes de conversations. Ils traversèrent le chemin caillouteux qui longeait la cabane et s’arrêtèrent. Ils s’accroupirent, et le jeune homme à la triste barbiche traça un cercle dans les gravillons avec un bâton. Les voix parvenaient maintenant jusqu’à la jeune fille.

— Tu te mets debout dans ce cercle.

Pierrot, discipliné, se releva et se posa à l’intérieur du cercle. Angèle, attentive, suivait la scène, la tête dépassant à peine du tronc de l’arbre, ses mains sur l’écorce, ses frêles épaules cachées par le gros sapin. Elle vit l’inconnu se reculer d’une dizaine de pas en fixant Pierrot de ses yeux noirs, les mêmes yeux noirs et perçants que le cousin.

— Tu regardes mes yeux et tu ne les quittes pas. Respire calmement, regarde toujours mes yeux et dors… tu dors… tu dors toujours… et maintenant je t’ordonne de t’assoir.

Pierrot s’assit.

— Maintenant, lève-toi, viens et embrasse-moi sur le front.

Le cousin obéit.

— Retourne dans ton cercle… voilà, comme ça… et maintenant, réveille-toi.

Pierrot souleva ses paupières.

— C’est bien, Pierrot, je suis fier de ma réussite. Grâce à toi je progresse.

— Qu’est-ce que j’ai fait, Diogène ?

— Rien de spécial… on discutait de nos expériences, je t’ai endormi, tu as parfaitement exécuté mes ordres pendant ton sommeil et maintenant tu es réveillé.

— Alors, ça a marché ? s’exclama Pierrot, tout excité.

— Je n’en ai jamais douté.

Angèle ne comprenait rien. Elle était tout simplement ébahie devant cette scène où son cousin venait de se soumettre face à ce freluquet. Elle attendit encore quelques instants. Les deux adolescents entrèrent à nouveau dans la cabane puis ressortirent presque aussitôt, chacun chargé de récipients en verre. Devant la maisonnette, Diogène versa un liquide bleu dans une fiole que tenait Pierrot. Derrière son arbre, Angèle sentit le besoin de se gratter le dos. Elle piétina alors sur du bois mort qui craqua sous son talon. Les deux garçons, accroupis devant leurs fioles, levèrent la tête. Démasquée, Angèle se mit à courir à travers les ronces, zigzaguant entre les épicéas, essayant de rejoindre au plus vite la route du château. Pierrot s’élança aussitôt à sa poursuite, Diogène préféra surveiller ses flacons et ses carafes. Mais la jeune fille n’était pas de taille à lutter contre le garnement des bois. Son cousin eût tôt fait de poser les mains sur ses épaules. Tout essoufflée, elle se tourna face à Pierrot. Deux yeux méchants jaillirent du visage du garçon.

— Qu’est-ce que tu fais là, petite garce ? Tu as tout vu ?

— Oui et je vois que tu as trouvé ton maitre, tu n’étais pas très fier quand il te donnait des ordres.

Pan ! Une violente claque s’abattit sur la joue de la jeune fille et les cheveux blonds s’envolèrent pour retomber sur ses larmes.

— Tu es méchant, Pierrot, je ne t’aime plus.

— On verra. Allez, sauve-toi vite avant que je recommence et surtout, surtout, ne dis à personne ce que tu as vu, sinon…

Le geste avec le poing serré montrait que le grand ado serait violent. Angèle courut dans le bois, essuyant ses yeux mouillés du revers de sa fine main. L’œil narquois de Pierrot regardait les mollets nus s’enfoncer dans les ronces.


NESTKÖNIGIN un roman fantastique

 NESTKÖNIGIN « Il faut parfois traverser les brumes pour retrouver la forme du nid. »   Chers lectrices, chers lecteurs, C’est toujours un...